Poesie-d-aurore

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Les nouvelles d'Aurore

Veuillez trouver mes nouvelles qui ne vous emmèneront pas forcément où vous penserez aller. . .

 

LES NOUVELLES SUIVANTES SONT LA PROPRIÉTÉ PROTÉGÉ DE L'ASSOCIATION AURORE ETOILEE AUCUNE COPIE MÊME PARTIELLE N'EST PAS AUTORISEE

 

JEU DE MIROIR

 

Comme l'image vacillante d'un téléviseur hors d'âge empreinte de luminosité floue en des pixels neigeux ne rendant pas la vision cohérente d'un décor étiré en en une bande chevrotante de tremblement nerveux, je distinguais l'homme de profil.


Sans pouvoir dessiner exactement les contours de son visage, il me semblait tellement le connaître malgré des différences diamétralement opposées.
L'homme semblait hésiter en une marche lente, comme paralysé par un facteur externe le retenant inexorablement attaché à un déambulateur récalcitrant.
Sa silhouette courbée, cassée en deux achevait de lui conférer une attitude de vieux personnage hirsute. Sa tête agitée de sursauts continuels et réguliers semblait rythmer sa vie en des hoquets anachroniques.

Malgré ma répulsion, je me sentais attiré. Aimanté par cette image de qualité médiocre où le sens du tableau cinétique sans ambition de grâce laissait au spectateur que j'étais une irrésistible envie de pénétrer ce corps trop usé.
J’entrevoyais sa marche funeste allant vers l’enfilade en chêne brute, où posé comme des trophées d’amour perdu, trônaient des cadres de photos jaunies par le temps passé. Mon être ne pouvait résister à l'appel de cette ombre vacillante.
Peu à peu, je me sentais happé par une force surnaturelle me poussant à travers le passage encore inconnu mais tant décrit par les histoires de science fiction.
Ce surnaturel semblait soudain si familier à mon esprit que tout mouvement de résistance me lâchait.
Je fondais en ce décor d'un autre temps. J’entrais progressivement dans le monde intra-corporèl de ce personnage, qui me repoussait mentalement mais m’attirait charnellement. Je ne comprenais pas cette attirance, mais je la subissais sans défense intellectuelle.
La morale spirituelle dispensée lors de ma jeunesse aurait du faire le cadenassage de cette envie. J’aurais du résister, là même, où les pensées extrêmes me poussaient.

Mais il n'en était rien.
Je rentrais doucement dans ce corps inconnu mais pourtant si proche, si intime et si familier, je m'accaparais les pensées profondes de cet homme par le regard surpris des yeux ne vous appartenant pas.
Je ressentais à cet instant la lassitude de mon hôte et j’en percevais le moindre tremblement cérébral.

Quand abasourdi par l'image cette fois nette de l’espace multi-temporel, je vis trois autres personnages bien distincts.
Un enfant aux cheveux clairs coiffé en un désordre joyeux de boucles rebelles tombant sur des yeux tristes. Ce petit couché se tordait recroquevillé sur lui même, plié en chien de fusil se tenant l’abdomen dans un lit aux draps immaculés. Il gémissait en des pleurs silencieux une douleur incommensurable.
L'infirmière prés de lui, le rassurait avec des paroles apaisantes. Elle lui signifiant le bien de la médication prise peu de temps avant.
L'enfant voulait sortir de ce lieu blanc, où chaque chose pourtant si nécessaire lui rappelait les examens médicaux et la souffrance.
Tant de peur avait cet enfant à la venue du médecin traitant qui lui ordonnait parfois de le suivre dans des couloirs inhospitaliers du dessous des bâtiments de chambrées, pour une promenade accélérée jusqu'aux salles d'examens.
L'enfant implorait son amie l’infirmière. Je l'entendais dire son refus de continuer ainsi. Je l'entendais appeler son amie Marinette, une jeune infirmière aux cheveux noirs tombant sur les épaules.

Je sentais toujours le dodelinement de la tête de mon ami, le vieillard. Sa respiration s'accélérait aux rythmes des ses pensées que je pouvais les sonder sans efforts.
Je ne comprenais toujours pas la possibilité de ce fait, mais j'étais lui, en lui et à travers lui, je vivais ses sentiments et soubresauts.

Je voyais l'enfant se calmer, puis se mettre à genoux sur son lit pour appeler son ami d'infortune. Je voyais ses yeux grands ouverts face à une autre douleur plus grave semblait-il, puisque il n'osait maintenant ni crier ou même réappeler son ami.
Celui-ci était aux prises avec des gens en blanc qui le tenaient ferment, le dos courbé vers le bas afin de lui administrer une ponction lombaire. La jeune tête blonde bouclée fut recouchée par Marinette, qui lui intimait de ne pas regarder à travers la vitre et de se tenir sage.

Lui au fond de ses draps pleurait… Pleurait.
Mes pensées se mêlaient à celles de cet homme âgé qui m'avait emprisonné en lui. Il me semblait connaître ces terribles maux, en un souvenir lointain.
Quand ses yeux aux paupières ridées se relevèrent, je vis une autre personne d'un âge de raison. Ce jeune homme semblait animé d'une très grande colère et d'un désespoir profond à en toucher le fond de la plaine abyssale de la peur. Je pouvais sentir le rejet d'une erreur.
Je pouvais voir ce jeune homme au travers de mes yeux de prêts sans aucune difficulté d’accoutumance.

Ce grand jeune homme tenait la main d'une femme éplorée ne pouvant se calmer, elle criait en une rage maternelle son écœurement de dégoût en une résolution de bravoure guerrière face à l'horreur de la destinée de sa fille.
Ce père restait penché sur le berceau de son enfant intubé par les narines et piqué à la tête. Le nourrisson emmailloté dans des linges blancs puis recouverts d'une protection stérile de verre, leur empêchant toutes effusions de tendresses. Le bébé semblait dormir d'une mort calme, sans souffrance apparente, reposé par l’administration de tranquillisants.
Le père tremblait du menton, il serrait les dents. Il ne disait rien par respect au calme environnant troublé seulement par la machine de respiration artificielle.

Comprenant de moins en moins, je subissais avec désespoir le tréfonds des pensées de mon vieux kidnappeur. Ses pensées s'entrechoquaient aux miennes en des interconnections neurologiques désordonnées. J'en souffrais aussi par procuration en cherchant à me débattre pour sortir de cette prison surréaliste.
Quand du fond de ses rétines, je vis avec stupéfaction un homme en pleine force de l'âge. L’homme se tenait debout sur un toit pentu sans harnachement de sécurité. Il travaillait à un nettoyage de vitres.
Il semblait… Non ! J’en suis sûr, je le ressens, perçois la moindre de ses pensées. Mon dieu, lui aussi emprunt à une énorme souffrance.

Je comprends clairement son idéologie funeste, son envie de perdre la vie, sa recherche de suicide à la tache.
Il pense à sa fille toute jeune, perdue à jamais en un matin ensoleillé.
Je peux discerner parfaitement sa douleur inextricable lorsque ses pensées vont à sa femme, qui l'a tant anéantie en un reproche à tuer.
Il hésite, pense que le temps et la fatigue aura sur lui l'effet d'un jugement. Je le respire de se forcer à ne pas commettre seul cet acte. Je l'entends parler seul de ses deux autres enfants.

Je ne puis rester en ce cauchemar, il faut que je trouve le chemin inverse, je me débats dans cette enveloppe qui n'est pas la mienne.
Mais à y regarder de plus près, ces gens, tout ce petit monde, ces personnages m’appellent à leurs tours. Je n'ai pas peur d'eux. Il me semble les connaîtres intimement j'en suis convaincu !
Tous ces gens dans ce monde de souffrance, oui je les connais, ils sont…
Soudain, l’esprit accueillant me rejette.
Je suis là, seul, face à ce vieux monsieur. La vision est nette sans images vacillantes ni neigeuses, elle est d’une clarté limpide.
Le vieux me sourit en me pointant du doigt. Sa pensée me parle avec douceur et fermeté.
Il me dit:
« Antoine, Ils sont toi car tu es moi. Laisse le présent faire sans toujours penser au passé qui te bloque dans un avenir de désolation.
Regarde ce que ton tu as fais à mon je. Je ne suis qu'un vieil homme enfermé dans son tombeau de chagrin.
Pense aux ils ! Qui eux sont nous, en des pensées moins sombres pour construire ton tu.
De là, tu changeras ton destin. Ne recherche pas l'effacement complet mais... »

Transpirant assis dans mon lit le regard éperdu, je regarde soulagé ma femme entrer dans la chambre pour me porter le petit déjeuner.
D'un soupir de soulagement, je lui dis mon amour avec envie et passion. Heureux que ce terrible cauchemar ne soit que fiction.
Quoi que ! Qui connaît la vérité. Est-ce un cauchemar ou réalité?

Robert Blée

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13/05/2013
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